Jeudi et vendredi, je me suis inquiété des gros titres des journaux. La bourse semblait en danger et ça venait des Etats-Unis. Je lus donc la presse genevoise dans mes flux RSS, mais rien ne me donna l'information désirée: que se passe-t-il concrètement, à quoi est-ce dû, est-ce que ça va durer, quelles seraient les conséquences si la situation perdurait, qu'est-ce donc un "subprime", quel est le lien avec la bourse?

Le titre peut laisser entendre que je vais parler de droit. Il n'en sera rien. Je vais plutôt parler de ce dont j'ignore tout: le fonctionnement de la bourse et sa relation avec l'économie. La phrase que je viens d'écrire paraîtra peut-être complètement farfelue aux yeux d'un spécialiste du domaine, ou même d'un étudiant. Vous vous demanderez donc pourquoi j'en parle?

Tout simplement parce que j'aimerais qu'on en parle. J'ai été consulter divers blogs, où j'espérais obtenir des réponses. J'obtins une explication satisfaisante, que je complétai par cet excellent article (excellent parce que compréhensible).

Reprenons donc la situation à la lumière des enseignements acquis: Les subprimes désignent des prêts consentis par des organismes financiers. Leur particularité est qu'ils sont consentis par ces organismes à des particuliers dits "à risque", c'est-à-dire dont la solvabilité est incertaine. Rappelons qu'une personne solvable est une personne (ou une entreprise) qui dispose de suffisamment de liquidités (de l'argent dont on peut disposer immédiatement ou dans un très bref délai) pour payer les dettes à court terme (celles qui doivent être payées très vite par rapport au moment présent). Les particuliers en questions sont généralement des familles à revenus incertains ou irréguliers qui souhaitent devenir propriétaires d'un immeuble.

Pour quels avantages les organismes accordent-ils ces crédits (ou prêts) à risque?
En premier lieu, le taux d'intérêt du prêt est élevé et variable. Traditionnellement, lorsque vous obtenez un prêt, l'intérêt est fixe (par ex. 3%). Et pourquoi y a-t-il un intérêt? que représente-t-il? Pour répondre à cette question, imaginez vous un instant exerçant le métier de prêteur. Vous prêtez de l'argent. Si vous ne récupériez que la somme prêtée, vous ne gagneriez rien. C'est pour cela que vous prêtez avec un taux d'intérêt sur le montant du prêt. Si vous prêtez 100 francs à un taux de 10%, vous gagnez 10 francs (car 10% de 100 = 10). A noter que le droit prohibe certains taux jugés "usuriers" (en gros, on vous reproche d'abuser), généralement ceux qui excèdent les 25%.

Le taux d'intérêt que les organismes de crédits fixent sont variables, disions-nous. Je fais de la déduction, mais je ne crois pas me tromper en disant qu'ils augmentent avec les risques et diminuent lorsqu'il n'y a pas de risque.

Et d'où proviendrait le risque? Ce sera pour plus tard.

En second lieu, les organismes peuvent vendre l'immeuble pour l'achat duquel le crédit a été accordé. Cela fait d'euxdes créanciers-gagistes en droit suisse. Les organismes disposent de ce qu'on appelle un "droit de gage immobilier". Le créancier-gagiste, s'il n'est pas payé, peut (en droit suisse), faire vendre l'immeuble aux enchères et se payer sur le prix d'adjudication (prix de vente). En théorie, donc, les organismes ne courent pas vraiment de risques.

Alors, d'où provient le risque?
Le risque provient du marché. Le marché immobilier connaît des fluctuations. Si c'est une chose difficile à vous représenter, pensez au cours de change: par exemple, en janvier, le franc suisse vaut 1 dollar et en décembre, il ne vaut plus que 0,90 dollar.

Si la même chose se passe avec les immeubles, la maison de Monsieur Ronald Weasley, qui valait 1 million en janvier, ne vaut plus que 900'000 en décembre.

- "Où est le problème?", demande alors Ron à Hermione Granger, sa conseillère.
- "Cela signifie, mais ça tu l'aurais su si tu écoutais en classe, que l'organisme qui t'a prêté de l'argent est en danger. Il t'a prêté un million pour une maison qu'il pouvait vendre à un million, et maintenant il ne peut la vendre que pour 900'000. Par conséquent, il risque de perdre 100'000 francs si tu ne le paies pas", répondit-elle.
- "Mais pourquoi est-ce que je ne pourrais plus le payer, maintenant?", insista Ron.
- "Ron...", dit-elle patiemment, "Si l'organisme prend plus de risques, il va augmenter son taux d'intérêt. Avant tu payais une mensualité de 1'000 et maintenant tu vas payer 1'100!" Sa voix tremblait.
- "Mais ça va me ruiner!", beugla-t-il

Et voilà le problème. Et puisque les grandes banques sont toutes liées, directement ou indirectement aux organismes de crédit, soit parce qu'elles prêtent, soit pour d'autres raisons, les gens qui passent leur vie à suivre la bourse prennent peur et c'est ainsi que la bourse chute.

Quel rapport entre la confiance envers les banques et la bourse?
En bourse, vous achetez et vendez des actions. L'action est un titre, en droit, et représente une partie du capital-action d'une société anonyme. Le capital-actions est un montant qui est fixe et fictif. Fixe, parce qu'il ne peut être modifié qu'après de lourdes procédures. Fictif, parce qu'il n'existe pas concrètement. Lors de la fondation d'une société, des gens acceptent d'investir dans la société. Pour ce faire, ils souscrivent (achètent) des actions. L'ensemble des actions que la société émet s'appelle le capital-actions. Mais dès que l'argent est apporté, il file dans la caisse, il sert à acheter un immeuble, des machines, des outils, des logiciels, etc. L'argent qui, auparavant, était du cash pur et simple, devient une voiture, Microsoft Word 2080, iRéfrigérateur, etc. L'action d'une société indique que vous êtes propriétaire de la société à hauteur de X.- francs (X étant la valeur de l'action) sur Y (Y étant le montant du capital-actions).

L'action a une valeur nominale (celle qui figure sur l'action et qui représente une fraction du capital action). Elle a aussi une valeur comptable (cette valeur-là représente ce que vous gagneriez si l'entreprise était liquidée et qu'on vendait tout). Elle a en outre une valeur réelle (qui représente une estimation sur ce que vaudrait la société dans les années à venir) et une valeur boursière.

La valeur boursière de l'action est celle qui nous intéresse. Elle décrit la valeur que les "gens qui surveillent la bourse toute la journée" attribuent à l'action. Et celle-ci est fonction de la confiance qu'ils ont pour la société. Une société qui est sur le point de découvrir quelque chose de fantastique verra la confiance monter et la valeur boursière de ses actions filera vers les cieux.

Dans notre cas, ce n'est pas quelque chose de fantastique que l'on découvre, mais quelque chose de pourri. Les gens se rendent compte que les subprimes sont en train de ruiner des milliers d'Américains. Si Ron était le seul sur qui les malheurs tombaient, la situation passerait inaperçue. Mais si Harry, Ginny, Neville, Luna, Colin, Draco, Crabbe, Goyle, Fred, George, Remus, Mad-Eye, Tonks, Kingsley, Bellatrix et 2 millions d'Etats-Uniens vivent la même expérience, le phénomène prend une ampleur dont les répercussions se ressentent partout.

Les gens savent que les banques sont derrière. Et la confiance chute. Chacun veut vendre ses actions afin de ne pas faire de pertes par rapport au prix qu'il a payé ses actions.

Et puisque les Etat-Unis sont la première puissance, ce qui se passe chez eux se répercute sur le reste du monde.

Voilà! C'était long, mais j'espère que c'était un brin compréhensif.