Rêve éveillé - Vie rêvée
articles
réactions
Christa - 03.09.2007 | 0 réactions | #link | rss
On n'y échappe pas. Chaque année, les derniers journaux du mois d'août se remplissent de brèves, critiques. Des titres, des noms apparaissent peu à peu pour former timidement les rangs de la guéguerre littéraire du moins de septembre. En plus des nouveaux arrivants, certains anciens combattants ne manquent jamais le rendez- vous, proposant chaque année leur fruit de leur macération de noeurones.

Ceux- là, on les connait. On les adore ou on les hait, ils nous enchantent ou nous horripilent, parfois ils nous laissent indifférents. Mais on ne peut rien y faire: on les connait. Ils hantent nos bibliothèques, nos conversations, les étalages des librairies, les plateaux de télévision...

Alors quand un journaliste chroniqueur interpelle quelques uns des ces producteurs de best- stellers assurés, qu'est-ce que ça donne?




Un roman à suspense: premier bon point. Le polar, qui à première vue semble un prétexte à un exercice virtuose de pasticheur, arrive à accrocher le lecteur. Il s'agit de suivre le commissaire Adam Seberg sur la piste d'un mystérieux ravisseur d'écrivains à succès. Les victimes: Denis-Henri Lévi, Christine Anxiot, Fred Wargas, Marc Lévis, Mélanie Nothlong, Pascal Servan, Bernard Werbeux, Jean- Christophe Rangé, Frédéric Beisbéger, Anna Galvauda, et Jean d'Ormissemon qui a mystérieusement échappé à la punition divine.

Des pastiches: Chaque chapitre passe la plume à un nouvel écrivain. Les victimes ne sont heureusement pas maltraîtées, tant l'exercice est maîtrisé. Des mémoires de Pascal Servan à la recréation de l'univers d'Anna Galvauda, c'est un délice de se plonger dans les syntaxes si prisées par le public.

De l'humour: Oui, inspecter en détails les vices et les facilités d'écriture des uns et des autres, c'est drôle. Les caricatures des auteurs et le non- sens de leur ambiance narrative, c'est drôle. Et l'humour est un excellent moyen d'entrevoir le monde impitoyable de l'édition.

Un hommage?: Pasticher un auteur est la preuve irréfutable que le dit- auteur a ce don merveilleux que tous les amateurs de mots recherchent: un style. Que même s'ils nous énervent, nous achèterons leur nouveau bébé, et malgré tout, nous le dévorerons.

Mais avant de se jeter sur cet étouffe-bougre qu'est la rentrée littéraire, dégustons "Et si c'était niais?" de Pascal Fioretto.
Christa - 01.09.2007 | 0 réactions | #link | rss
Elle ferme les yeux, pour ne pas voir le désastre. Mais elle sait très bien ce qu'il y a devant ses paupières closes, puisque le désastre, c'est elle qui l'a fait.

La tâche était simple: nourrir et coucher un petit garçon de deux ans. Les parents étaient ravis: ils avaient bien besoin de leur soirée en amoureux. Elle était confiante: elle s'était occupée d'un groupe de trente enfants pendant une année. Pas toute seule, c'est entendu, mais elle n'avait pas peur des enfants.

Mais alors pourquoi est- elle au bord des larmes, dans une cuisine hostile, avec un mouflard qui hurle, hurle, hurle sans même présenter le moindre signe d'extinction de voix?

Depuis qu'elle l'a assis sur sa chaise, il braille. Elle lui a donné des quartiers de pommes, il les a éjectés non sans les avoir préalablement transformés en compote dans sa bouche. Elle lui a donné des blancs de poulet, il les a envoyé valser sur le sol. Elle lui a donné des cornettes, il a joué à la catapulte. Elle lui a donné des céréales, il les a écrasées. La seule chose qu'elle ne lui a pas donné, c'est une tarte. En plein dans sa tronche d'enfant gâté.

Mais ça, elle se rend bien compte que ce n'est pas la politique de la maison. Et quand elle y repense, ses mômes à elle ont huit ans, pas deux. Comment ça marche un bébé?

Elle a crié, elle aussi. D'habitude elle est beaucoup plus calme, mais là elle a juste pété un câble. Parce qu'elle est loin de chez elle. Très loin, de l'autre côté de l'océan. Aux States. Dans une langue qu'elle ne comprend pas. Dans un quotidien qui n'est pas le sien. Face à un môme qu'elle ne comprend pas.

Aujourd'hui, elle a rencontré les gosses américains.

Les enfants américains ont un avis sur tout. Et ils le disent. Même s'ils ne savent pas parler. Les enfants américains ont le sentiment d'être le centre du monde. Ce qui n'est pas tout à fait faux. Dans une société d'assistés, élever un enfant a le statut d'un treizième travaux d'Hercule. Donc, au lieu d'éduquer les parents, on les aide. On invente pleins de jouets pour distraire l'attention de ces chers bambins, car comme Don Juan le dit si bien, le plaisir est dans le changement. Une fois l'objet possédé, il perd tout son intérêt. Et l'enfant de se damner en larmes pour un beignet ou une carte illustrée. On met en place des infrastructures pour les y laisser en compagnie d'autres sales gosses encore pires qu'eux, où ils pourront confronter en toute légitimité leur égo démesuré.

L'enfant américain aime les oiseaux. Correction: l'enfant américain est condamné à aimer les oiseaux. Parce que c'est tellement adorable de geindre " Oh sweety, the birdiiiiiies! ". Son meilleur ami sera le petit-fils de la compagne de chaise longue de sa grand-mère. Toute sa vie il devra respect et amitié à ce si cher ami avec lequel il a joué au sable, dont il a utilisé la piscine, avec lequel il est allé à l'école, avec lequel il a pris sa première cuite, etc. Il partira avec lui en vacances à la plage, à la montagne, trouvera sa femme charmante et ses enfants adorables. Se souviendra-t-il que ce meilleur ami lui piquait ses jouets quand il était dans le bac à sable, qu'ils se battaient à en pleurer à chaque fois qu'ils restaient plus de cinq minutes ensemble et que leurs grands-mères devaient leur courir après en criant d'être gentil avec Ashton parce que c'est un ami?
Ah ses chers petits, leurs menottes lui manquent, leurs cheveux, leurs yeux, leurs sourires... Leurs questions débiles, leurs blagues géniales, leurs chansons réinventées, leurs câlins désintéressés mais si sincères...

Elle éclate de rire, ouvre les yeux. Ni le tableau, ni la bande son n'ont changé. Alors elle se relève de son accroupissement, et chercher un disque. Un peu de musique, c'est ce qui l'a toujours sauvée. Elle déniche un vieux compact des Beatles, le met dans la chaîne. Le gosse continue de pleurer. Les premières notes de Yellow Submarine investissent la cuisine.

Oh douce musique venant calmer ses pauvres oreilles. Mais qu'entend-elle? Rien. Les cris ont cessés. Le gamin roule ses yeux de billes pendant qu'elle fredonne le refrain salvateur, tortille ses doigts en une chorégraphie débutante. Cette grimace plissée au coin des minuscules lèvres, serait-ce un sourire?

Cette fois, le gosse tente de battre la mesure. Il ne crie pas. Il gazouille. Il y a un on-ne-sait-quoi d'irréel, d'improbable, de prodigieux

Et elle pense à John Lennon. Il avait peut- être raison. Les popularités des Beatles et de Jésus sont certes incomparables, mais, en tous cas, ce qu'elle a vu ce soir tient du miracle.

Christa - 26.08.2007 | 0 réactions | #link | rss
Il y a cette chaleur lascive, séduisante jusqu'à l'écoeurement, inondant nos pauvres corps de promesses tacitement infondées, intenables. Le plus beau c'est d'y croire. Croire quoi? Ton sourire. Mes risettes. Ton sourire. Mes conneries. Tout cela ne mène à rien, mieux vaut en rire.

Il y a ce coup d'éclat, ce tambour qui arrive au mauvais moment de la partition. Qui remet tout en cause. La chaleur auparavant écrasante s'aplatit. C'est un appel, une conjuration à tout reprendre, tout changer, tout reconsidérer, tout envoyer valser dans tes bras. Ton sourire, tes fossettes, tes lunettes... Est-ce un hasard? Ou pas... Si tu n'es encore qu'une mauvaise plaisanterie du destin, passe ton chemin. Fini de rire, d'ironiser. Je veux vivre.

Et puis? La pluie, bien sûr. En un battement de tes cils le ciel s'est ouvert et s'est vidé. Le sol s'est liquéfié, la rue est délavée , le paysage dégouline. Rien n'est aussi sûr que le changement. Ne pas l'attendre. L'accepter. Le provoquer. Suis-je vraiment en mesure de faire quelque chose? Et que puis-je faire? Que dois-je faire?

Et puis il y cet éclair qui déchire un ciel blanc ouateux. Et si ce n'était qu'un rêve? Ne me réveille pas. Et même si tout n'était qu'une chimère en manque d'animation, ma chimère, elle, a vécu.
Christa - 26.08.2007 | 0 réactions | #link | rss
Le premier mot. Même après toutes ces années d'écriture frénétiques, même après ces dizaines de blogs créés puis délaissés, même après tous ces mots, phrases, paragraphes qui ont défilé dans ma tête et sur mon clavier. Le premier mot est toujours un problème.

Ecrire... Pour moi c'était une telle évidence que je me suis laissée portée par elle. "Un jour... Quand je serai grande..." Je ne suis pas bien grande, aujourd'hui, mais la petite fille qui rêvait d'écrire se rend bien compte que "Un jour..." c'est aujourd'hui, c'est demain, c'est tout de suite. Alors oui, écrire. Ecrire où? Ecrire quoi? Ecrire pourquoi? Tant de questions que maints journaux intimes, cahiers d'écriture et blogs ont laissées hagardes. Peut- être que ce nouveau blog (un nouveau départ? un prolongement? un retour sur soi? un détachement de soi?) pourra y répondre.

Mais avant tout: écrire. Et pour toi, visiteur: lire.
FutureBlogs - v.0.8.6beta - Ce site est hébergé par http://monblog.ch