Les prochains jours seront denses en matière télé ! Dans l'ordre : dimanche, France 2 diffuse à 20h45 Coco avant Chanel, un incontournable de l'année 2009. Lundi, France 3 propose à 15h10 La Guerre des boutons, l'inégalable version d'Yves Robert. Jeudi soir, toujours sur France 3, Welcome un film fort et engagé de Philippe Lioret.
Critiques à suivre.

(Coco avant Chanel)

« Je ne fais pas la mode, je suis la mode ! » Ainsi parlait Chanel et telle a été la démarche d’Anne Fontaine : approcher au plus près de ce personnage charismatique et volontaire, plutôt que de décrire sa réussite. La réalisatrice a su éviter le piège du biopic en ne retraçant qu’une partie de sa vie, la métamorphose de ses « blessures » en création.

On retrouve cette même volonté au travers de la mise en scène qui ose filmer caméra à l’épaule, empreinte de l’impulsivité propre à Chanel.

On sent la réelle sympathie qu’éprouve Anne Fontaine pour cette personnalité hors du commun, que l’acharnement du destin et les revers amoureux ont amenée à devenir une vraie forçat du travail.

Librement adapté du roman d’Edmonde Charles-Roux, L’Irrégulière, le film met en avant l’esprit résolument novateur de Chanel, qui aujourd’hui encore s’impose comme une référence. Non contente de révolutionner le monde de la mode, elle a grandement participé à l’émancipation de la femme.

Le film est servi par un duo d’acteurs attachants et convaincants. Anne Fontaine ne s’y est pas trompé en refusant catégoriquement de tourner avec une autre comédienne qu’Audrey Tautou. Outre la ressemblance physique étonnante, elle incarne Coco Chanel avec beaucoup de force et d’authenticité. Quant au personnage de Balsan, il est brillamment interprété par un Benoît Poelvoorde tout en justesse et retenue.

Malgré une fin rapide et un personnage parfois trop lisse, Coco avant Chanel est un film émouvant, drôle et élégant.


(La Guerre des boutons)

A l'heure ou deux nouvelles adaptations de qualité discutable viennent de voir le jour, découvrez ou redécouvrez la version de 1961, qui entre authenticité et sincérité, nous livre un film tout simplement culte.



(Welcome)

Après le remarquable « Je vais bien, ne t’en fais pas », Philippe Lioret récidive avec une histoire émouvante ayant comme trame de fond l’implacable réalité des réfugiés kurdes qui cherchent désespérément à rejoindre l’Eldorado britannique.

Le début du film, tourné à la façon d’un documentaire, suit les premières heures de Bilal dans le port de Calais et sa tentative avortée d’entrer en Angleterre. Puis la fiction prend rapidement le pas sur l’aspect documentaire, même si l’histoire reste totalement ancrée dans une actualité que beaucoup ne veulent pas voir.

Bilal, prêt à tout pour retrouver sa petite amie installée à Londres, se résigne à traverser la Manche à la nage. Il se rend à la piscine de Calais et engage Simon pour lui donner des cours.

La piscine, personnage à part entière du film, est le témoin de la rencontre improbable de ces deux individus. Petit à petit va naître entre eux une réelle affection qui poussera même Simon à risquer la prison afin d’aider le jeune kurde. La naïveté et la ténacité amoureuse de Bilal redonneront au maître nageur le goût de vivre et c’est désormais côte à côte qu’ils se heurteront à l’absurdité du monde.

Afin d’apporter plus de véracité et d’honnêteté à son récit, le réalisateur s’est rendu pendant plusieurs jours sur le terrain auprès des associations et des réfugiés de Calais.

C’est finalement en France, après l’avoir cherché un peu partout en Europe, que Lioret découvre Firat Ayverdi à qui il confie le rôle de Bilal. Pour sa première expérience cinématographique, le jeune acteur se révèle plein de spontanéité et de profondeur. Vincent Lindon, conquis par l’histoire, a accepté le rôle sans même lire le scénario. Il incarne avec beaucoup de justesse Simon, homme brisé successivement par l’arrêt de sa carrière sportive et le départ de sa femme. 

Malgré quelques facilités de scénario, Philippe Lioret signe un film fort et engagé, qui ne manquera pas de susciter le débat.