Notre éducation familiale, scolaire et, le cas échéant, religieuse a la plupart du temps eu pour but de nous élever à plus de conscience, de responsabilité et de connaissances. Toutefois, malgré ces bonnes intentions, notre éducation a souvent comme résultat de nous couper de notre sensibilité, de notre intuition, de notre conscience individuelle et donc de notre capacité à être vraiment personnellement responsables. Même l'éducation religieuse a compromis et compromet régulièrement l'accès à la véritable intériorité qui transforme.
Thomas d'Ansembourg

Qui fuis-je, où cours-tu, à quoi servons-nous ? par Thomas d'Ansembourg
"(...) mes deux filles les plus âgées, Camille et Anna, le jour où elles sont passées de la maternelle à l'école primaire, ont eu la même réaction en rentrant à la maison : " Papa, on ne joue plus et on est assise toute la journée. C'est pas possible de vivre comme ça tous les jours...". J'ai senti mon coeur se serrer et me suis dit : voilà des enfants nées pour courir et danser qui se retrouvent assises huit heures par jour dès l'âge de six ans. Elles sont faites pour jouer, s'amuser, découvrir, associer, jongler, s'interroger, deviner et créer, mais vont recevoir un enseignement tout préparé, du "prêt-à-apprendre", du "prêt-à-répéter", créé avec les meilleures intentions sans doute, mais constamment contraignant : il faut rester assis, il faut suivre le programme, il faut se taire et arrêter de gigoter...
Ainsi, malgré les soins et la dévotion des enseignants, le système même fait violence à la nature de l'être et donc à l'intériorité. Je vois des enfants qui se mettent à douter de leur intuition, à perdre confiance en eux et même leur estime de soi par mimétisme, automatisme ou par peur du regard des autres, du maître, de la sanction ou à cause de la pression sociale.
Il existe bien sûr et heureusement des écoles à pédagogie nouvelle, cependant elles sont encore rares et demeurent difficiles d'accès. Personnellement, je rêve que tous les enfants rencontrent un jour à l'école la disponibilité humaine, la patience, le matériel et le compétences qui leur permettent d'explorer concrètement toutes les parties d'eux-mêmes et pas seulement l'hémisphère gauche de leur cerveau. Tous les enfants auraient avantage à explorer la danse, le chant, le jeu théâtral, la peinture, la création poétique et bien sûr les sports, autant d'occasions de rencontrer leur élan vital et leur être profond. Je rêve qu'ils aient ainsi, le plus tôt possible, l'occasion de faire des expériences qui ouvrent la conscience et les mettent en contact avec l'intériorité transformante. J'aimerais qu'ils sortent de l'école non pas en se disant : "On doit se battre dans la vie pour trouver sa place, je n'ai que la partie gauche de mon cerveau pour cela et ma capacité à courir plus vite que les autres...", mais plutôt :
"Je me connais, je connais mon intuition, ma sensibilité, mes forces et mes limites, j'ai confiance en ma créativité et en ma capacité d'intégration, et je sais que je vais trouver ou créer un projet qui aura du sens".