Noël: des parents musulmans se plaignent




ISLAM. A Neuchâtel, des parents d'élèves musulmans refusent que les instituteurs évoquent les traditions de Noël en classe primaire. Dans le canton de Vaud, les autorités publiques n'ont pas accordé les dispenses demandées.






"Notre sapin était le plus haut de l'école et nous l'avons décoré avec l'aide du concierge." Lucile, 7 ans, évoque avec plaisir la fête de Noël organisée dans son école primaire des environs de Lausanne. Elle a préparé avec ses camarades de classe un calendrier de l'Avent, avec une petite surprise pour chaque enfant. Etoiles, bricolages, chants de Noël se succèdent durant le mois de décembre dans les écoles primaires. Mais cette tradition est aujourd'hui contestée.

Des courriers de lecteurs suscitent un débat nourri depuis fin octobre dans le Journal du Jura et L'Express. A l'origine de cette polémique, Sandrine Nobs, une habitante de Nods près de Bienne, relate deux événements survenus à Neuchâtel. Des institutrices qui souhaitaient célébrer Noël dans leur classe, composée d'enfants de 5 ans, se sont retrouvées en butte à l'opposition de parents musulmans qui se sont déclarés fortement dérangés que l'on parle de Jésus et de tout ce qui le concerne devant leur fille. Les mécontents acceptaient qu'un sapin soit décoré, "parce que c'est joli", mais rien de plus. Au terme d'une réunion de parents d'élèves plus âgés, une maîtresse se serait à son tour heurtée aux protestations de nombreux parents d'élèves musulmans, jugeant intolérable de faire une fête pour Noël en classe.

Catholique d'origine, Sandrine Nobs dit avoir reçu "au moins 50 téléphones et 10 courriers" de parents, d'enseignants et de personnes âgées évoquant leurs propres anecdotes sur le sujet. "Reconnaître les autres est louable, mais il ne faut pas museler notre culture chrétienne, commente-t-elle. La tolérance ne doit pas être à sens unique." "On oublie que d'autres communautés, comme les Témoins de Jéhovah, ne participent ni à Noël ni aux anniversaires", tempère Noémie Noirat, institutrice à Bévilard, dans le Jura bernois. "Il faut trouver pour ces enfants d'autres bricolages, afin que l'excuse religieuse ne soit pas le prétexte à refuser une activité."

"Le canton de Neuchâtel est laïque, rappelle de son côté Jean-Claude Marguet, chef du Service de l'enseignement obligatoire, mais il est légitime que les maîtres utilisent la forte tradition de Noël dans les activités scolaires, tout en respectant les convictions religieuses de chacun. Proposer un choix d'activités est possible; on ne demandera pas à un élève musulman d'apprendre un poème sur la crèche si ses parents le contestent." Il souligne l'approche comparative et historique des différentes religions proposée à Neuchâtel, ainsi que l'existence de la communauté de travail pour l'intégration des étrangers, qui entend discuter de la fête de Noël avec les musulmans.

Cet échange n'est pas le premier du genre en Suisse romande. Des parents d'élèves avaient déjà interpellé l'an dernier le directeur général de l'enseignement obligatoire vaudois, Daniel Christen, pour demander que leurs enfants soient dispensés d'école durant le mois qui précède le 24 décembre. Ils entendaient leur éviter ainsi de se trouver confrontés aux activités liées à l'Avent et aux préparatifs de Noël, étant donné qu'un accent particulier est mis à cette époque sur la filiation divine de Jésus, en laquelle l'islam ne croit pas.

"Je considère qu'une telle fête appartient à notre culture et qu'elle n'est pas forcément religieuse", estime Daniel Christen. Qui précise: "Si l'on peut comprendre qu'il faut respecter les croyances des élèves et de leurs parents, à qui l'on ne va pas faire célébrer des fêtes qui ne sont pas les leurs, il n'est pas question d'accorder une dispense générale pour tout le mois qui précède Noël. La cérémonie du sapin, le vendredi qui précède les vacances, peut en revanche être assimilée à une période hebdomadaire d'histoire biblique. Les parents d'autres confessions peuvent, sur simple demande, dispenser leurs enfants de cet enseignement."

Le Département vaudois de la formation et de la jeunesse tient désormais des recommandations à disposition des enseignants sur le site destiné à la gestion des établissements scolaires. Il rappelle que des chants de Noël contiennent des messages religieux contraires aux convictions de certains et conclut qu'une dispense particulière "constitue parfois la meilleure manière de préserver les intérêts de tous".

De son côté, le groupe de travail interservices religions du Département vaudois des institutions et relations extérieures indique dans des recommandations que, si l'école est neutre du point de vue confessionnel et doit tenir compte des sensibilités de tous les enfants présents, elle ne peut pas pour autant faire abstraction des fêtes civiles et religieuses qui ponctuent l'année scolaire.


texte de: Sylvie Fischer/ProtestInfo
Samedi 9 décembre 2006


11.12.2006