Concilier récif inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco et industrie minière est une gageure en Nouvelle-Calédonie où les géants du nickel se sont lancés dans la transplantation de coraux pour éviter de les détruire.

Le groupe brésilien Vale, qui construit dans le sud de l'archipel une usine métallurgique d'une capacité de 60.000 tonnes annuelles de nickel, s'est jeté à l'eau le premier.

En 2006, pour la première fois en Nouvelle-Calédonie et dans l'industrie minière, quelques 2.000 colonies coralliennes ont été déménagées pour être réimplantées dans des zones éloignées des pollutions industrielles.

"La Province sud nous avait demandé des mesures de compensation dans le cadre de la construction du port. Ce sont essentiellement les mouvements de bateaux, qui allaient endommager les coraux", a indiqué à l'AFP, Catherine Guillaume, en charge des relations externes de Vale Inco Nouvelle-Calédonie.
L'usine du Brésilien est installée en bordure d'une magnifique baie du grand sud calédonien, à proximité d'un des six sites de la barrière de corail, qui ont été inscrits en juillet dernier au patrimoine de l'humanité.

Délogés au marteau et au burin, les coraux sont remontés à la surface, entreposés dans des caisses puis replantés à distance sur le fond sous-marin, parfois avec l'aide de ciment pour améliorer leur fixation.

"Pour Vale Inco, nous avons réparti les colonies sur trois sites. Un mois après la transplantation, nous avons effectué une première surveillance et puis tous les six mois depuis trois ans", indiqué Sandrine Job, ingénieur en géologie récifale.

"Par endroits, 90% des coraux ont survécu et se développent, ce qui est un très bon taux. En revanche, nous avons observé des invasions d'étoiles de mer coussin sur un site", a-t-elle également indiqué.

A quelques 450 km au nord, l'Anglo-Suisse Xstrata, troisième groupe minier mondial, a également financé en juillet dernier des transplantations coralliennes. L'objectif est de limiter les dégâts du creusement d'un chenal de 150 m de large pour le port de son usine Koniambo, prévue pour 2012.

"Il y a dans cette zone des pinacles coralliens de 10 à 12 mètres de haut avec des colonies de près de deux mètres de diamètre et jusqu'à quatre tonnes, qui datent de plusieurs centaines d'années et dont la valeur écologique est importante", a expliqué Sabrina Virly, cogérante d'un bureau d'étude sur l'environnement et la mine.

"Nous avons employé des moyens lourds tels qu'une scie hydraulique pour détacher ces grosses "patates de corail". A l'aide d'énormes bouées et d'un bateau, elles ont ensuite été délicatement remorquées jusqu'au site récepteur", a-t-elle précisé.

Tels des jardiniers, les scientifiques recréent sous l'eau des paysages coralliens, au plus près de ceux trouvés à l'état naturel.

"La première expérience de transplantation corallienne remonte à 1979, mais cette technique se situe toujours à un stade expérimental, car il n'y a guère plus d'une vingtaine d'applications dans le monde entier", selon la scientifique.

texte de : AFP
janvier 2009