Invisibles à l'oeil nu, ils colonisent la chambre à coucher par milliers : les acariens, qui aiment la chaleur et l'humidité, reprennent des couleurs avec l'automne et la chauffe des logements, réveillant des allergies endormies par l'été.

Les acariens sont des allergènes "domestiques", par opposition aux allergènes "atmosphériques", comme les pollens. Ils mesurent à peine quelques dixièmes de mm et, membres de la famille des arachnides, sont des cousins des araignées. Le "dermatophagoïde pteronyssinus" est le plus banal en Europe et le plus répandu au monde.

Vivant de deux à trois mois, les acariens adorent l'humidité (50 à 80% leur conviennent à merveille) et une température de 25 à 30 degrés. Ils préfèrent en Europe les altitudes inférieures à 1.200 mètres, plus humides et plus chaudes, et se nourrissent principalement de squames humaines et de moisissures.

"La chambre à coucher constitue pour eux le biotope idéal", a expliqué devant la presse le Pr Pascal Demoly, pneumologue et allergologue au CHU de Montpellier. Et surtout le lit : dès qu'on se couche, la chaleur et l'humidité montent entre les draps et l'acarien commence à sortir du matelas.

Les acariens provoquent des allergies respiratoires par leurs excréments ou leurs cadavres, soit qu'ils favorisent l'allergie sur un terrain prédisposant, soit qu'ils la fassent se développer sans terrain. Juste devant les pollens, l'acarien est responsable de 40% des rhinites allergiques.

Plus d'un Français sur cinq serait atteint de cette maladie qui, sous sa forme sévère, perturbe le sommeil et augmente le risque d'asthme.

Comment se débarrasser de ces bestioles à huit pattes ? La liste des recommandations est longue : entretenir la literie (aérer, laver les draps à plus de 60 degrés...), nettoyer les tapis et les peluches (toujours à plus de 60 degrés), garder les chambres en dessous de 50% d'humidité, ne pas trop les chauffer...

Il faut encore envelopper matelas, oreillers et couettes dans des housses anti-acariens, dont les mailles serrées empêchent les arthropodes de sortir du matelas.

"Ca marche si tout est fait, et de façon précoce", affirme le Pr Demoly, pour qui se borner par exemple à aérer et à passer régulièrement l'aspirateur même s'il est muni d'un filtre "à haute efficience pour les particules aéroportées" ne sert à rien. Quant aux vaporisateurs de spray anti-acarien, il faudrait les "vider dans la pièce tous les trois mois".

Pour la presse, l'allergologue fait le guide dans un appartement parisien, pointe du doigt le couvre-lit, le tapis, les descentes de lit, les rideaux, la banquette couverte de velours à l'ancienne. "En 3 à 6 mois, un matelas neuf est infesté", dit-il. Dans la chambre d'enfant, les peluches ajoutent au désastre. "Ce sont des foyers de réensemencement", affirme-t-il. Seuls le papier peint et le parquet échappent à sa critique.

"Des mesures simples ne suffisent pas", martèle-t-il.
Outre les efforts pour supprimer les causes, on peut faire appel à la pharmacothérapie -antihistaminiques ou corticoïdes-, mais chez un tiers des patients, ça ne fonctionne pas. Reste la désensibilisation ou "immunothérapie spécifique", sous-cutanée ou sublinguale, où le patient absorbe progressivement des allergènes pour induire une tolérance.

Le traitement dure plusieurs années, mais s'il ne fonctionne pas au bout d'un an, inutile de le poursuivre, dit le Pr Demoly.

Une désensibilisation sous forme de comprimés est en développement mais ne devrait pas être disponible avant plusieurs années.

Texte de : AFP
septembre 2009