Le trafic de faux médicaments, qui génère des profits considérables, monte en puissance dans le monde, dévastant les pays du sud et s'attaquant aux traitements de maladies graves dans les pays du nord, selon des spécialistes réunis vendredi à Paris.

Un colloque sur le sujet était organisé par la Mutualité française au lendemain de l'annonce à Lyon de la saisie de plus d'un million de gélules contrefaites dans 45 pays membres d'Interpol.

La lutte contre le trafic des faux médicaments, "dramatique et dangereux", est "une ambition légitime et nécessaire", pour laquelle "tout doit être mis en oeuvre", a indiqué l'ancien président Jacques Chirac qui a assisté à la fin du colloque.

Ces faux médicaments, qui représentent 10% du marché mondial du médicament, représentent un trafic "bien plus rentable que le trafic de drogue", relève Aline Plançon, chef de l'unité "contrefaçon de produits de santé et crime pharmaceutique" à Interpol.

Dans le monde, le trafic a augmenté de 300% entre 2007 et 2008, selon l'Organisation mondiale des douanes.

Contrefait, falsifié, illicite, illégal, non enregistré, non autorisé, frelaté, les termes utilisés pour qualifier les faux médicaments varient selon les pays. Le Pr Marc Gentilini résume : "c'est un produit vendu à des patients de bonne foi, en surdose ou en sous-dose de principe actif, parfois toxique ou constitué d'additifs inattendus (plâtre, chaux, liquide réfrigérant...)".

Et il précise : "non seulement il ne soigne pas, mais il peut handicaper ou tuer". Il peut aussi susciter des pharmaco-résistances, susceptibles d'"anéantir les efforts entrepris pour endiguer les grandes épidémies", selon les termes de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, dans un discours lu à la tribune.

"L'ampleur réelle du problème n'est pas connue", assure Gilles Forte, de l'OMS. Des chiffres sont avancés sur le coût humain -on parle de 200.000 décès rien qu'avec les faux anti-paludéens- mais selon lui il n'y a "pas d'outil pour chiffrer".

Idrissou Abdoulaye, directeur du CHU de Cotonou, parle d'un "commerce de la honte". Il affirme qu'il y a dans son hôpital un nombre d'insuffisants rénaux "faramineux", suite à l'absorption de ces produits contrefaits. "Plus du quart des médicaments mis en vente relèvent au Bénin de +l'informel+", dit-il. "La population ne prend que ce qui est à la mesure de sa bourse".

La situation dans les pays développés est moins alarmante, puisqu'on trouve les faux médicaments uniquement sur l'internet. Mais, comme le note Aline Plançon, "il ne s'agit plus seulement de médicaments de confort" : "les types de médicaments sont de plus en plus larges, tels qu'antibiotiques, antidépresseurs ou traitements contre le cancer".

Le problème, c'est que les sanctions restent "très faibles, hétérogènes selon les pays et très peu dissuasives", selon Thierry Le Lay, chargé par le ministère des affaires étrangères de la lutte contre les médicaments falsifiés. Un projet de convention, Medicrime, est en préparation au Conseil de l'Europe.

Les pays du sud en appellent à une "stratégie mondiale". "Nos pays n'ont pas les moyens de faire face", dit le Pr Abdoulaye.
Des évolutions se font jour pourtant dans ces pays. Ainsi, depuis que le Rwanda a mis en place une couverture du risque maladie, les faux médicaments circulent beaucoup moins.

Et l'appel de Cotonou, lancé il y a un an à l'initiative de la Fondation Chirac pour obtenir la signature d'une convention internationale contre les faux médicaments, a obtenu déjà la signature de 11 Etats.

Texte de : AFP
octobre 2010