Le développement des échanges commerciaux et des voyages favorise le risque d'implantation de nouvelles maladies exotiques sur le continent européen, un phénomène que pourrait encore amplifier le réchauffement climatique, mettent en garde médecins et vétérinaires.

La propagation extrêmement rapide du nouveau virus grippal H1N1 a montré combien la mondialisation pouvait faire galoper une maladie à travers les continents.

Mais ce sont d'autres maladies infectieuses, aux consonances encore exotiques (virus du Nil occidental, fièvre de la vallée du Rift, virus Nipah...), dont il était question mardi lors de la séance hebdomadaire de l'Académie nationale de médecine, organisée conjointement par des médecins et des vétérinaires.

Car les trois-quarts de ces maladies émergentes sont des zoonoses, transmises à l'homme par l'animal, a souligné au cours d'une conférence de presse Jeanne Brugère-Picoux, médecin vétérinaire (Maison-Alfort).

"Beaucoup de germes arrivent, mais heureusement peu s'implantent, faute de conditions favorables", a relevé Michel Rey (Académie de médecine).

Il faut en quelque sorte un "concours de circonstances" pour qu'une maladie exotique puisse s'installer.

L'environnement apparaît comme "un paramètre essentiel", a souligné François Moutou (Agence française de sécurité sanitaire des aliments). Si la végétation change, notamment sous l'effet du réchauffement, c'est tout l'écosystème qui va se modifier.

Pour le Pr Brugère-Picoux, la fièvre catarrhale ovine (maladie de la langue bleue), est "la maladie émergente par excellence" chez l'animal, car "personne de l'attendait en Europe".

Transmise par un petit moucheron et considérée comme une maladie exotique jusqu'à la fin des années 90, elle est identifiée en 2006 dans la région de Maastricht avant de gagner rapidement du terrain en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et en France, puis en Grande-Bretagne et en Suède.

On ne sait toujours pas expliquer cette introduction, mais le fait est que le virus a trouvé en Europe un insecte adapté à sa transmission.

Le virus du Nil occidental est un autre exemple de maladie "vectorielle", véhiculé cette fois par un moustique, et transmissible à l'homme. Apparue à New York en 2006 - probablement importée par un voyageur en provenance d'Israël -, la maladie a "explosé en Amérique du Nord en 2 ans", a souligné Michel Rey. En revanche, l'Europe semble relativement protégée.

D'autres maladies peuvent être d'origine alimentaire : c'est ainsi qu'il y a eu en 2005 en France 17 cas de trichinellose chez des chasseurs... et leurs convives invités à consommer leur tableau de chasse exotique.

D'autant que des changements d'habitudes peuvent modifier l'exposition au risque. Ainsi la pratique conviviale du barbecue expose à consommer de la viande qui n'est pas cuite à coeur.

Autre phénomène de mode, les NAC (nouveaux animaux de compagnie) réservent leur lot de surprises désagréables. Les chiens de prairies peuvent transmettre la variole du singe. Cette année en France des rats importés de Hongrie ont transmis à leurs propriétaires le virus cowpox.

"Il faut éviter certains animaux de compagnie", a prévenu le Pr Brugère-Picoux, jugeant le lapin moins risqué que des animaux comme les reptiles.
"Tout ce qui survient dans n'importe quel coin du monde peut nous concerner d'une façon ou d'une autre", a pour sa part souligné François Rodhain (Institut Pasteur), invitant à "avoir une approche écologique de ces maladies".

Texte de : AFP
novembre 2009