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quedemots - 25.10.2012 | 0 réactions | #link | rss
Afrique: une saisie record de faux médicaments donne une idée du phénomène


Quelque 82 millions de médicaments illicites saisis en trois jours, en juillet, dans des ports africains: une opération douanière internationale dévoilée jeudi à Paris donne la mesure des trafics de faux remèdes qui gangrènent le continent.

Il s'agit de la plus grosse opération jamais réalisée avec la saisie de produits de santé de contrebande ou contrefaits d'une valeur de 40 millions de dollars US, a déclaré Christophe Zimmermann, coordinateur de la lutte anti-contrefaçon à l'Organisation mondiale des douanes (OMD).

Rapportée sur toute l'année, la quantité saisie représenterait dix milliards de doses et une valeur de 5 milliards USD, a souligné ce responsable lors d'une conférence de presse organisée à Paris pour présenter cette opération Vice grips 2.

Sur 110 conteneurs saisis par les douanes, 84 contenaient des produits contrefaits ou de contrebande, en provenance généralement d'Asie du sud-est, surtout de Chine, mais aussi de Dubaï. L'Angola, le Togo, le Cameroun et le Ghana étaient les pays où ont été opérés les plus grosses prises.

Parmi les produits saisis se trouvaient de faux antipaludéens, des antibiotiques ou des antiparasitaires sans principe actif ou encore de fausses pilules du lendemain.

Dans un cas, en Angola, 33 millions de doses de médicaments de grandes marques parfaitement imités, mais sans principe actif, ont été découverts avec des DVD pornographiques, dissimulés à l'intérieur d'un lot de haut-parleurs d'importation.

Les faussaires produisent désormais à rythme industriel et vont jusqu'à imiter parfaitement les hologrammes anti-contrefaçon sur les boîtes qui sont censés dissuader les imitateurs et protéger les consommateurs.

Dans un autre cas, au Togo, un sirop expectorant supposé être conservé entre -2 et +4 degrés se trouvait dans des conteneurs en plein soleil par plus de 50 degrés.

Aujourd'hui l'Afrique est devenu un dépotoir et cela affecte directement la sécurité et la santé des consommateurs, déplore M. Zimmermann.

On a affaire à des organisations de fraude internationale structurées qui profitent de la globalisation, utilisant plusieurs continents, pays et moyens de transport pour cacher la provenance véritable des produits, souligne-t-il.

La contrefaçon des médicaments a quitté l'échelle artisanale et se fait désormais à l'échelle industrielle dans des usines capables de produire plus que les usines qui produisent les vrais remèdes, affirme-t-il.

Le professeur Marc Gentilini, responsable du programme de santé de la Fondation Chirac, souligne que ces nouveaux mafieux s'adonnent au trafic le plus rentable qui soit et aussi le moins dangereux.

Les peines encourues semblent souvent minimes face aux dangers que les faux remèdes, sans principe actif, font courir aux patients.

Le trafic de faux médicaments se nourrit de la pauvreté en Afrique: un grand nombre de ces médicaments sont vendus à faible prix dans la rue.

Mais il se nourrit aussi de la désorganisation des systèmes sanitaires et de la corruption: dans certains cas, les faux médicaments se retrouvent dans des réseaux officiels des pharmacies.

Le directeur de l'Institut de recherche anti contrefaçon de médicaments (IRACM) Jacques Franquet se souvient de deux opérations de contrôle menées par le laboratoire français Sanofi dans les pharmacies d'une capitale africaine, où dans un cas 40% des boîtes du médicament ciblé étaient fausses et dans l'autre 80%.

La lutte contre la contrefaçon ne sera efficace qu'avec la volonté politique de s'adresser véritablement au problème, a souligné le secrétaire général de l'OMD, le Japonais Kunio Mikuriya, ajoutant que deux nouvelles opérations anti-contrefaçon seront organisées en Afrique, en novembre et mars, pour que la mobilisation ne retombe pas.


Texte de : AFP
octobre 2012
quedemots - 10.11.2010 | 0 réactions | #link | rss
Le trafic de faux médicaments, qui génère des profits considérables, monte en puissance dans le monde, dévastant les pays du sud et s'attaquant aux traitements de maladies graves dans les pays du nord, selon des spécialistes réunis vendredi à Paris.

Un colloque sur le sujet était organisé par la Mutualité française au lendemain de l'annonce à Lyon de la saisie de plus d'un million de gélules contrefaites dans 45 pays membres d'Interpol.

La lutte contre le trafic des faux médicaments, "dramatique et dangereux", est "une ambition légitime et nécessaire", pour laquelle "tout doit être mis en oeuvre", a indiqué l'ancien président Jacques Chirac qui a assisté à la fin du colloque.

Ces faux médicaments, qui représentent 10% du marché mondial du médicament, représentent un trafic "bien plus rentable que le trafic de drogue", relève Aline Plançon, chef de l'unité "contrefaçon de produits de santé et crime pharmaceutique" à Interpol.

Dans le monde, le trafic a augmenté de 300% entre 2007 et 2008, selon l'Organisation mondiale des douanes.

Contrefait, falsifié, illicite, illégal, non enregistré, non autorisé, frelaté, les termes utilisés pour qualifier les faux médicaments varient selon les pays. Le Pr Marc Gentilini résume : "c'est un produit vendu à des patients de bonne foi, en surdose ou en sous-dose de principe actif, parfois toxique ou constitué d'additifs inattendus (plâtre, chaux, liquide réfrigérant...)".

Et il précise : "non seulement il ne soigne pas, mais il peut handicaper ou tuer". Il peut aussi susciter des pharmaco-résistances, susceptibles d'"anéantir les efforts entrepris pour endiguer les grandes épidémies", selon les termes de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, dans un discours lu à la tribune.

"L'ampleur réelle du problème n'est pas connue", assure Gilles Forte, de l'OMS. Des chiffres sont avancés sur le coût humain -on parle de 200.000 décès rien qu'avec les faux anti-paludéens- mais selon lui il n'y a "pas d'outil pour chiffrer".

Idrissou Abdoulaye, directeur du CHU de Cotonou, parle d'un "commerce de la honte". Il affirme qu'il y a dans son hôpital un nombre d'insuffisants rénaux "faramineux", suite à l'absorption de ces produits contrefaits. "Plus du quart des médicaments mis en vente relèvent au Bénin de +l'informel+", dit-il. "La population ne prend que ce qui est à la mesure de sa bourse".

La situation dans les pays développés est moins alarmante, puisqu'on trouve les faux médicaments uniquement sur l'internet. Mais, comme le note Aline Plançon, "il ne s'agit plus seulement de médicaments de confort" : "les types de médicaments sont de plus en plus larges, tels qu'antibiotiques, antidépresseurs ou traitements contre le cancer".

Le problème, c'est que les sanctions restent "très faibles, hétérogènes selon les pays et très peu dissuasives", selon Thierry Le Lay, chargé par le ministère des affaires étrangères de la lutte contre les médicaments falsifiés. Un projet de convention, Medicrime, est en préparation au Conseil de l'Europe.

Les pays du sud en appellent à une "stratégie mondiale". "Nos pays n'ont pas les moyens de faire face", dit le Pr Abdoulaye.
Des évolutions se font jour pourtant dans ces pays. Ainsi, depuis que le Rwanda a mis en place une couverture du risque maladie, les faux médicaments circulent beaucoup moins.

Et l'appel de Cotonou, lancé il y a un an à l'initiative de la Fondation Chirac pour obtenir la signature d'une convention internationale contre les faux médicaments, a obtenu déjà la signature de 11 Etats.

Texte de : AFP
octobre 2010
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