Voici un article sur des arnaques nées de la pénurie du logement:
"«Après avoir désespérément cherché un logement par les voies traditionnelles durant plus d’un an, je me suis tourné vers d’autres solutions, dont des agences de relocation qui, selon moi, sentaient l’arnaque à plein nez», raconte Daniel*, amer. Malgré son «salaire correct» comme il dit,ce père de famille de 44 ans est sur le carreau avec ses trois enfants depuis plus d’un an. Une des agences en question exigeait 1000 à1500 francs, contre la simple promesse d’engager des recherches téléphoniques. ça fait cher le coup de fil. «A chaque fois, on me disait: C’est dommage, vous seriez arrivé deux heures plus tôt, j’avais exactement l’objet que vous recherchez!»
A situation extrême, solution extrême. Comme Daniel, d’autres Romands, à bout, sont prêts à tenter le tout pour le tout. Sur les sites de petites annonces, on ne compte plus les promesses de récompenses pécuniaires qui vont, grosso modo, de 600 à 4500 francs:«récompense élevée pour signature de bail»; «récompense assurée pour tout piston vers une signature de bail direct», etc. Pour Nils de Dardel, avocat spécialisé dans la défense des locataires, «ce système s’appelle tout simplement de la corruption».
Prestation en nature
Si ce genre de bakchich, apparu ces dernières années, est désormais monnaie courante, d’autres types de «gratifications» fleurissent sur le Web. Celles qui sont concevables, d’abord. Tenez, cette mère de famille prête à mettre un terme à sa carrière pour troquer son temps contre un logement: «Vous avez un appartement à louer et moi, beaucoup de dévouement. Je m’occuperai du mieux que je le pourrai de la personne qui vous est chère et qui ne peut rester seule dans sa maison. En contrepartie, mon mari et mes trois filles majeures vous demandons de nous octroyer un appartement.»
Les plus osées, ensuite, pour les objets les plus rares, en l’occurrence sur le site www.petites-annonces.ch:«Appartement de 3 ou 4 pièces avec jardin ou balcon, 1500 francs max,près de rivière ou bois, contre une journée ou une soirée torride en macompagnie.»
Il faut dire que les chiffres sont sans appel: en juin dernier, il y avait en tout et pour tout 309 appartements non meublés vacants dans le canton; 5000 dossiers sont en attente à l’Office cantonal du logement;3000 à la Gérance immobilière municipale de la Ville de Genève.
Cette détresse pousse les acteurs immobiliers à se renouveler.Certains spécialistes de la gérance locative, comme Foncia, ont créé leur propre service de recherche. Moyennant 300 francs, l’établissement s’engage à vous trouver un appartement. Parallèlement, le nombre d’agences immobilières en tous genres, dont celles de relocation, a explosé ces dernières années. A Genève, selon le répertoire des entreprises de l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (Ocirt), elles ont quasi doublé ces dix dernières années. Parmi elles, de nouvelles méthodes émergent. Comme chez Accessimo, qui se contente d’être une courroie de transmission entre l’objet à louer et le locataire désespéré.
Courtiers improvisés
La vulnérabilité des locataires à la recherche d’un toit est parfois exploitée. Ainsi, des réseaux privés agiraient en toute impunité sur le marché. Entre le bouche-à-oreille et l’activation d’un bon réseau privé, ils s’engraisseraient sur le dos des Romands en quête d’un logement. «Par le biais d’un ami d’un ami à une amie, je me suis vu proposer un coup de main prometteur et rapide. En échange d’un logement correspondant à mes besoins, je devais payer l’équivalent d’un mois de loyer. Mais le tuyauteur n’avait rien d’un professionnel de l’immobilier», raconte un Genevois d’une petite trentaine d’années.
Etonnamment, ces chasseurs immobiliers improvisés n’inquiètent pas l’Association suisse des locataires (Asloca): «Après tout, pourquoi pas si ces gens-là obtiennent des résultats? Tous les types de coups de pouce sont les bienvenus. Et tout travail mérite salaire. Le métier de courtier n’est pas une profession protégée», estime Me François Zutter,avocat répondant de l’Asloca.
Ces pratiques font en revanche bondir Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre immobilière genevoise: «Seuls les professionnels de l’immobilier affiliés à des associations sérieuses comme l’USPI (Union suisse des professionnels de l’immobilier) sont astreints à un code de déontologie sévère qui donne des garanties.Certaines pratiques sont illégales et peuvent être dénoncées devant le procureur général.»
En 2005 déjà, l’affaire de l’agence immobilière Clipp Immo, quiavait mis la clé sous la porte après avoir indûment encaissé 460 francs par demandeur de logement, avait été déférée devant le Parquet. Le tribunal avait alors acquitté l’agence, estimant que les victimes avaient fait preuve d’une trop grande crédulité.
*Prénom d’emprunt "
MARION MOUSSADEK | 11.03.2010 (La tribune de Genève)