regard sur une generation blasee, degoutee et puissante
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étiquette - 04.05.2006 | 2 réactions | #link | rss
Ce que j'ai pu écrire sur le ciel vide de l'Occident (formule empruntée à Luc Ferry) se révèle encore plus vrai à Istanbul.
Je ne sais pas ce qui est le plus bouleversant entre cet Occident où les repères célestes ont déserté depuis longtemps mais sans que cela n'ait forcément laissé la place à une orgie généralisée...et cette Turquie où dominent minarets et mosquées, appels à la prière et cultes musulmans sans pour autant révéler l'expression d'une foi inébranlable.
J'en conclus que si Dieu se trouve naturellement être en tout et en chaque chose, Il est avant tout et principalement en nous, au-dedans, à l'intérieur, si nous voulons / savons l'accueillir. Nul besoin de tous ces signes extérieurs, signes de ceux qui cachent quelque chose qui n'est certainement pas Dieu...

Les symboles liés à la foi avaient peut-être un sens autrefois sur ces terres mais aujourd'hui plus que jamais tout n'est qu'illusion, tromperie...
Plus les signes sont voyants, plus le mensonge est évident.
Genève a au-moins le mérite de ne pas mentir. Ce que l'on y voit est ce qui est.

Istanbul ment. Les Turcs mentent. La foi a disparu pour l'adoration du consommable.
Le veau d'or a remplacé Dieu. C'est lui qui est désormais en tout et en chaque chose.

Descartes démontrait à quel point nos sens peuvent nous tromper ( Discours sur la méthode) dans le but de laisser nos logos se réapproprier le sens réel des choses, leur essence véritable et non pas leurs manifestations illusoires...

Jésus aurait peut-être dit devant ce spectacle désolant : Pardonne-leur, Seigneur, ils ne savent pas ce qu'ils font...
Peut être aurait-il aussi ajouté : ...et ils ne cherchent plus à savoir.

Istanbul, avril 2006


étiquette - 12.03.2006 | 0 réactions | #link | rss
Tous tombés

J, M, A, L, F, D, L, O, H, C et tant d'autres...
Cocaïne plus facile à trouver qu'un pétard.
La drogue des mégalo, dit-on...Mégalo, mon cul !
Les gens dont je parle sont journalistes, artisans, ancien profs de sport, banquiers, serveurs, informaticiens, avocats, chômeurs. Tous sous cocaïne.
Les lieux où nous sortons sont comme des points de rencontre entre dopés, avec une culture commune de dopés.
La plupart sont malgré tout, actifs, socialement bien intégrés.
Si vous n'en faites pas partie, vous les croisez tous les jours sans rien soupçonner.
Ils sont gais, enthousiastes, actifs, plutôt soucieux de leur image, ont bon goût, aiment la bonne musique...comme vous.

La presse nous a fait cadeau de certains dossiers sur la cocaïne et ses ravages. Le prix du gramme, la mauvaise qualité de celle trouvée dans la rue, les conséquences désastreuses de cette drogue vicieuse puisque moins a-sociale que ne l'est l'héroïne, plus chic, plus in, plus glamour...
Après la fête, le dehors, les autres, la musique, le bruit, les nombreuses " amitiés ", le show, il y a le retour chez soi...
Cet aspect, l'envers du décor, le clown qui se démaquille après avoir amusé une galerie d'inconnus, c'est ce qu'on appelle la descente. Moi, pas. Le bas on l'a connu justement avant la prise de la fameuse poudre. Ce n'est qu'un retour aux sources. Et qui ne sait pas d'où il vient ou l'a oublié, celui là ne revient plus.

Combien de kilos consommés chaque week-end à Genève ?

Combien de gosses de 16 ans ont les moyens de se payer une dose ? (dès 50frs, c'est possible)
A 16 ans, j'avais minimum 50 frs en poche le week-end, voire 100 frs...A l'époque, le gramme était environ 350 frs.

Actifs, super-productifs, super-compétents, super-rapide, super-dans-le-coup...
A quel prix ? Combien d'entre-nous passerons la quarantaine ?
Le ciel de l'Occident est vide, écrivait Luc Ferry, le philosophe et ancien ministre français de l'éducation. Il est évident que Dieu, par ici, a été remplacé par l'argent et le pouvoir.
Tout ce qui s'achète avec ces deux éléments n'est même plus remis en question.
On prend le train en marche ou on est largués. Qui accepte volontiers d'être largués ?
Ok. Tout le monde ne consomme pas de la cocaïne. Alcool ? Xanax ? Somnifères ?
Hachich ? Chacun son mode de fuite...

Fini le temps des révolutionnaires ? Fini l'époque où l'on considérait encore que sa propre liberté avait de la valeur pour ne pas accepter qu'un système l'engloutisse ?

Comment sommes-nous passés d'une révolte dirigée à l'extérieur de nous à cette soumission sans dignité que l'on paie en s'autodétruisant pour mieux servir et construire l'autre, le système politique et social tel qu'il est.
Nous sommes devenus nos propres esclaves, qu'on le veuille ou non.
Mais des esclaves minables. Sans menace réelle, sans danger pour sa survie, pourquoi se soumettre ? Peur de se distinguer des autres esclaves ? Quelle noble cause...


étiquette - 05.03.2006 | 1 réactions | #link | rss
Bienvenue à toutes et à tous.

Un blog, pourquoi faire? Pour parler de ceux dont on ne parle pas, ou dont on parle mal.

Parler aussi de ce qui ne se dit pas ou qui se dit...mais mal.

Trentenaire je suis. Ma cuisine a accueuilli pendant des années des écorchés vifs aux talents incontestables.

Tous issus de milieux, d'origines, de parcours de vie différents. Des musiciens de rue, des banquiers, des charpentiers, des intellectuels, des dealers.

Tous avaient ou ont encore un point en commun, une paralysie identique: un décalage clair et douloureux avec la société dans laquelle ils vivent, avec le monde en général.

La Cuisine a servi, dans un premier temps, de pont, de relais à toutes ces mains tendues, invisibles, qui ne se connaissaient pas.

Elle a ensuite permis l'éclosion de ce qu'aucune autre thérapie ne saurait offrir: la découverte de soi à travers l'autre.

Je suis journaliste, comme ils disent. Curieuse, comme ils disent. Mais je ne bosse plus, comme ils le veulent. J'observe, je digère et je recrache l'information comme elle est, comme ils me l'ont apprise, comme la Cuisine l'a enseignée. La vraie info, celle dont on parle sans mentir, sans nier, sans cacher.

Tous ces gens qui ont franchi le seuil de ma cuisine sont bien réels, bien vivants.Ils sont, à eux-seuls, une source riche et authentique d'informations sur tous les sujets étalés dans la presse, les librairies, les bibliothèques, les écoles, les universités...C'est de la vie à travers eux que je veux parler. C'est à eux que je consacre ce blog ainsi que le livre qui leur sera dédié. J'espère que que d'autres s'y retrouveront et se sentiront moins fous. Des maniaques de la classification, je n'attends plus rien...


étiquette - 04.03.2006 | 0 réactions | #link | rss
Nous sommes tous malades, c'est évident, même si une sélection a dû se faire parmi les nombreuses névroses qui nous accablent, sans quoi nous tous serions à l'asile !
Les parallèles n'existent pas dans la nature. C'est un concept inventé. Il n'est donc absolument pas naturel que nous vivions les uns avec les autres dans ce parallélisme, à plus forte raison quand il s'agit d'un parallélisme avec nous-mêmes. Où est donc passé l'instinct primitif qui nous rappelle à l'ordre de la nature ?
C'est cet instinct que La cuisine a révélé à ceux qu'elle a accueillis.


Les gens qui passent dans La cuisine sont pour la plupart considérés comme fous (ou marginaux, pour les plus tolérants !) par la société.
C'est cette même société qui oppose aux fous que nous sommes, des modèles à suivre et à envier. C'est encore cette société qui produit la chaîne MTV. Le caméraman de la dite chaîne suit une pop- star durant toute la journée dans le but de faire le compte de ses dépenses. La vulgarité de l'angle choisi -cumulée à l'indécence du personnage- n'a pas heurté la sensibilité des censeurs habitués à biper les paroles indésirables des rappeurs. On apprend, entre autres horreurs, que la diva dépense 15000$ par nuit pour une suite qu'elle loue à l'année...Je regarde ces images avec une amie. Nous sommes mal à l'aise, dégoûtées.

Si nous sommes considérés comme fous, c'est justement parce que ces nouveaux dieux n'impressionnent pas les monothéistes que nous sommes.
Et si la société dans laquelle je vis dispose d'une télévision capable de diffuser des sujets comme le reportage en question et de vouer un véritable culte à tous ces nouveaux modèles de réussite (M6, TF1 et MTV sont les dignes messagers du temple) en même temps qu'elle ne cesse de nous traumatiser avec des images de misère, de détresse humaine et de guerres, (procédé habile pour imposer, sans violence, le contre-poids de la luxure) pourquoi n'en profite-t-elle pas pour faire des sous-titres, des liens entre tout ce qu'elle diffuse ?

Je m'explique : Jeudi 10 mars 2005, Envoyé Spécial, diffusion d'un reportage sur " les enfants-tueurs " de Colombie. La censure l'a déconseillé aux moins de 16 ans, ce qui est rare. Excellent reportage, insoutenable d'horreur. L'Apocalypse mentionne à peu près la même chose. Des enfants paumés et seuls qui tuent d'abord pour venger un proche tué, ensuite pour quelques pesos. Tous les jours, un inconnu à tuer, pour le compte d'adultes anonymes. Banal... Pour eux, pas d'école, pas de jeux, pas de MTV. La journaliste et présentatrice de l'émission nous dit pour clore le sujet et en guise de " bonne nuit " que tous les enfants filmés sont morts peu après la fin du reportage, à l'exception d'un seul.
" Tous morts pour quelques pesos pendant que la pop-star et ses copines dépensaient leurs 15000$ pour dormir ! " ...Voilà une idée de lien que la télévision pourrait faire, en sous-titrage par exemple. Ça permettrait à tous les fous de toutes les cuisines de respirer un peu, de se dire que l'horreur n'est pas en tout et derrière chaque chose et de calmer les écœurés que nous sommes devenus.

Absence d'idées ? Certes non ! On en a plein la tête ! Là n'est pas le problème. Ce qui empêche la concrétisation de ces idées c'est justement qu'il est difficile d'avoir envie de donner naissance à un " enfant " au sein d'un environnement qui ne nous ressemble pas sur l'essentiel (je nomme enfant tout ce qui est le fruit d'une action créative, quelle qu'elle soit), tout comme nos parents peuvent ne pas nous ressembler. Cet environnement, c'est peut-être eux. Je prends la liberté de ces propos qui n'engagent que moi, comme une sorte de dérive psychanalytique. Partant de ce constat, je peux encore imaginer que tant que nos parents nous sont hostiles ( ou tant que nous sommes hostiles à nos parents ! ), la société -qui ne serait que le reflet de ceux-ci -nous paraîtra hostile à bien des égards, elle aussi. Que reste-t-il à tous ceux qui souffrent de sous-titrages mentaux chroniques, et qui, du fait de leur maladie ne peuvent donc pas pathologiquement suivre les routes qui mènent aux modèles de consommation ?

Ne sachant ou/et ne voulant pas investir cette société, beaucoup d'entre-nous- trentenaires fictifs (dans le sens que les statistiques ne parlent pas de nous)- s'emmerdent et comme cela a déjà été dit plus haut, cela n'a rien à voir avec le fait d'avoir des idées ou pas. Il s'agit uniquement d'un décalage quasi-absolu avec le monde qui nous entoure et dont-on ne peut continuer à le nier indéfiniment- on fait pleinement partie (l'absence de ce " nous " dans les statistiques est la preuve de cette négation).

Faire comme si une population entière n'existait pas, ne pas vouloir la regarder, c'est inévitablement l'exclure puis la tuer en l'asphyxiant. Avant la mort, la révolte. L'histoire de l'humanité ne manque pas de négations au nom de cette fameuse purification ethnique. Tous n'ont pas pu se révolter. L'image dont je me sers pour tenter de définir ce que vivent les exclus de La cuisine est peut-être exagérée dans sa forme, mais pour ce qui est du fond, l'ennemi et le procédé sont les mêmes. Tant que notre société ne voudra pas regarder dans les yeux de ses enfants illégitimes (puisque non reconnus), tant qu'elle n'assumera pas cette descendance problématique, cette plaie honteuse, ce " fils pédé "...c'est boiteuse qu'elle continuera d'avancer, une jambe en moins. E. le dernier arrivé dans La cuisine, racontait comment des adolescents, " à force de foutre le bordel " aux bains des pâquis avaient fini par épuiser les propriétaires des lieux ( E. est éducateur auprès d'adolescents en difficulté). Qu'ont fait les patrons pour régler le problème ? Ils ont engagé ces jeunes qui n'ont plus bronché depuis et qui bossent, comme si rien ne s'était passé. Là encore la formule exclusion-violence a été démontrée. La révolte est inévitable, même pour les moins armés. Elle n'est pas pour autant désespérée s'il y a des yeux pour voir, des oreilles pour entendre. A chacun sa révolte : brûler une voiture, tirer dans la foule, se droguer, casser un Mc Do', écrire un livre, s'engager dans l'humanitaire, voter extrême-droite...rien n'interdit de toutes les cumuler si le physique le permet ! Plus sérieusement, La cuisine a démontré que les révoltes dans leur forme, se distinguent par leur origine sociale, l'environnement au sein duquel elles sont nées. Les révoltés de La cuisine avaient en commun ce sentiment de décalage et la souffrance qui l'accompagne mais chacune de leur révolte avait sa propre identité, son propre langage. F. se shootait à l'héroïne. P. se travestissait en femme. N. se tuait au travail et cumulait les diplômes. J. sniffait de la coke. N. se cloîtrait chez elle. B. faisait le tour du monde. A. était partie vivre en Inde. M. vivait de magouilles. V. écrivait des pièces de théâtre...

Arrivée à ce passage du récit, je me demande s'il est indispensable de répondre à la question que les plus naïfs (pour rester polie) se poseraient : pourquoi cette révolte ? Ces mêmes naïfs pourraient même être tentés d'y substituer le mot " haine " : pourquoi cette haine ?

Le mot révolte ne signifie pas ce que signifie le mot haine (c'est un peu rapide comme démonstration mais il suffit parfois d'ouvrir le dictionnaire). Et de un. Ensuite, si les deux peuvent parfois être intimement liés, dans le sens que la haine peut donner naissance à la révolte (c'est valable dans les deux sens), la haine ici est une condition suffisante mais pas nécessaire à la révolte, comme on dit chez les juristes. Et de deux. Et pour finir, ce qui a fait de nous ce que nous sommes, des révoltés à notre insu, c'est certes un sentiment de haine que nous avons tous connus dans le passé, plus ou moins proche, mais ce sentiment n'a pas abouti à un état de révolte permanent comme si derrière toute chose insupportable venait se calquer l'image de cette haine passée. Oui les projections dont parlent les psys existent, mais dans le cadre de notre sujet, ce serait nous prendre pour des cons (eux disent malades).

Ce premier cri, cette première douleur, ce premier sentiment d'injustice que nous ne sommes malheureusement pas les seuls à avoir connu, cette première émotion ressentie comme une violence mêlée de rage et de dégoût, cette haine n'a rien fait d'autre que de briser l'innocence de nos âmes, pour toujours. Vous imaginez Saint-Jean sur l'île de Pathmos, à qui vient de lui être révélée l'Apocalypse biblique ? Combien d'entre-nous auraient aimé être à sa place ?

Comment reprendre sa petite vie quand l'horreur de l'humanité toute entière vous a été dévoilée à une heure où il n'est socialement et pédagogiquement question que de contes de fées ?

Une porte a été ouverte. Pour le restant de nos jours elle le restera. Une plaie peut se refermer, même si elle laisse une trace. La porte, elle, s'ouvre puis disparaît, laissant ouvert à vie cet espace qu'elle contenait. Cet espace n'a ni début, ni fin, comme l'éternité. Il est, point. Du coup, même si le concept peut paraître, j'en conviens tristement, hermétique à ceux dont les portes sont restées fermées, il est pourtant aisé d'imaginer que la notion de limite ne peut exister dans cet espace...
Le cerveau de nos révoltés doit donc compter également avec cet espace, cette ouverture.

Porter un tel cerveau, à vingt ans, c'est marrant. A trente, on se demande comment on pourrait le supporter jusqu'à quarante...La société, étiqueteuse née, peut nommer de mille façons ceux dont une ou plusieurs portes sont ouvertes : écorché vif, fou, artiste, rebelle, sensible, rêveur, paresseux, clochard, émotif, allumé, mystique, marginal, révolutionnaire, militant, glandeur...

Ce sont ses fils qu'elle nomme ainsi, et, nous le savons tous, il est difficile pour des parents égoïstes et de mauvaise foi comme l'est notre chère société-mère de regarder son enfant, vraiment, d'essayer de comprendre le pourquoi de son retrait, de son abdication. C'est une chose naturelle. L'homme est l'animal le plus imparfait qui soit. S'il fait deux dessins, il voudra ne garder que le plus réussi des deux et se débarrasser de l'autre. Le reflet de son imperfection ne satisfait pas son égo. Et son égo ne lui sert que face aux autres. Exhiber en public ce qu'il y a de plus laid en nous, qui le voudrait ?


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