Le Tibet a été en première page d'à peu près tous les journaux occidentaux à plusieurs reprises ces derniers mois. Le monde entier s'insurgeait alors contre les autorités chinoises, et manifestait en faveur des Tibétains brimés. Et maintenant ? Le calme revient gentiment, les querelles s'estompent, et on oublie.

Évidemment, il en va tout autrement de la situation là-bas, sur les lieux des crimes, où les deux camps continuent sans remords leurs chinoiseries sans trouver de compromis, et ce depuis déjà plusieurs années. En somme, l'Occident s'est réveillé de sa somnolence un trimestre durant, pour murmurer aux oppresseurs que ce qu'ils font, " ce n'est pas bien ! ", en suite de quoi Il s'est replongé dans son demi-sommeil inactif.

Mais où va donc le monde ?

Une seule leçon, pour le moins basique, de sociologie suffit à prouver que le comportement normal d'un pouvoir est d'en abuser. Une deuxième leçon n'est même pas forcément nécessaire pour comprendre qu'il ne faut pas se contenter de blâmer (m)oralement ce pouvoir pour obtenir de lui le semblant du résultat espéré.

Seulement voilà, comme d'habitude, le facteur économique brouille toutes les cartes de l'affaire. La moindre des choses à entreprendre en vue d'une aide apportée au Tibet serait un boycott général des produits d'exportation chinoise, celui-là même qui a été utilisé comme " moyen de pression ", menace hélas bien trop insignifiante pour la Chine qui, lucide, sait très bien que les hommes préfèrent l'argent aux autres hommes.

Car le noeud du problème se situe bien ici. On est d'accord d'aider, de soutenir, pour autant qu'il ne nous en coûte rien. En revanche, dès que le Rubicon économique est franchi, plus un gouvernement ne dit mot. Tout le monde se tait, et laisse faire. " Finalement, ce n'est pas mon problème ", ont-ils l'air de dire.

Incroyable mais vrai. Nous sommes devenus – restons optimistes : nous sommes en train de devenir – des objets, des pions qu'on manipule pour le profit et pour le pire. Mais dès qu'on devient trop coûteux, on passe aux oubliettes. Peut-on seulement encore faire quelque chose ? Peut-on résister, avant qu'il ne soit trop tard ?

Le Caribou