On n'y échappe pas. Chaque année, les derniers journaux du mois d'août se remplissent de brèves, critiques. Des titres, des noms apparaissent peu à peu pour former timidement les rangs de la guéguerre littéraire du moins de septembre. En plus des nouveaux arrivants, certains anciens combattants ne manquent jamais le rendez- vous, proposant chaque année leur fruit de leur macération de noeurones.

Ceux- là, on les connait. On les adore ou on les hait, ils nous enchantent ou nous horripilent, parfois ils nous laissent indifférents. Mais on ne peut rien y faire: on les connait. Ils hantent nos bibliothèques, nos conversations, les étalages des librairies, les plateaux de télévision...

Alors quand un journaliste chroniqueur interpelle quelques uns des ces producteurs de best- stellers assurés, qu'est-ce que ça donne?




Un roman à suspense: premier bon point. Le polar, qui à première vue semble un prétexte à un exercice virtuose de pasticheur, arrive à accrocher le lecteur. Il s'agit de suivre le commissaire Adam Seberg sur la piste d'un mystérieux ravisseur d'écrivains à succès. Les victimes: Denis-Henri Lévi, Christine Anxiot, Fred Wargas, Marc Lévis, Mélanie Nothlong, Pascal Servan, Bernard Werbeux, Jean- Christophe Rangé, Frédéric Beisbéger, Anna Galvauda, et Jean d'Ormissemon qui a mystérieusement échappé à la punition divine.

Des pastiches: Chaque chapitre passe la plume à un nouvel écrivain. Les victimes ne sont heureusement pas maltraîtées, tant l'exercice est maîtrisé. Des mémoires de Pascal Servan à la recréation de l'univers d'Anna Galvauda, c'est un délice de se plonger dans les syntaxes si prisées par le public.

De l'humour: Oui, inspecter en détails les vices et les facilités d'écriture des uns et des autres, c'est drôle. Les caricatures des auteurs et le non- sens de leur ambiance narrative, c'est drôle. Et l'humour est un excellent moyen d'entrevoir le monde impitoyable de l'édition.

Un hommage?: Pasticher un auteur est la preuve irréfutable que le dit- auteur a ce don merveilleux que tous les amateurs de mots recherchent: un style. Que même s'ils nous énervent, nous achèterons leur nouveau bébé, et malgré tout, nous le dévorerons.

Mais avant de se jeter sur cet étouffe-bougre qu'est la rentrée littéraire, dégustons "Et si c'était niais?" de Pascal Fioretto.