L'amour est encore plus beau quand il est symétrique. Une relation ou l'un donne et l'autre reçoit ne peut pas durer éternellement. Voici un texte de Jacques Salomé qui l'explique très bien :

Il y a des amours pépinières

J’appelle amour pépinière, un amour capable d’accueillir l’autre inconditionnellement. De l’accepter sans aucune réticence dans sa vulnérabilité, ses insuffisances et ses manques. Il s’agit de quelqu’un (homme ou femme) qui donne son amour à un(e) autre qui ne l’aime pas, qui se laissera seulement aimer, emporté, porté par cet amour offert à cœur perdu.
« Elle était si sûre d’elle, ayant réponse à tout, sans jamais s’affoler ou s’irriter que j’en étais fasciné. Car moi, je me sentais si peu sûr de moi, si incertain. Toujours à hésiter, à m’interroger sur le bien fondé de mes actes, n’arrivant jamais à prendre une décision, reportant aux calendes mes engagements. Ma rencontre avec elle a été une véritable révolution dans ma vie… »

Les amours pépinières sont incroyablement généreux, ils s’offrent à des personnes souvent en difficulté, peu sûres d’elles ou qui n’ont pas encore suffisamment grandies à l’intérieur. Il s’agit de personnes en gestation peu capable encore d’être des partenaires capables de proposer des relations en réciprocité, vivantes et équilibrées.
« Quand je l’ai rencontrée, elle était au fond du trou. Elle venait de vivre une séparation chaotique avec le père de ses enfants. Elle semblait perdue et elle m’a laissée croire que j’étais son sauveur. Ce qui me convenait parfaitement, car j’avais aussi besoin de me prouver que je pouvais avoir de la valeur pour quelqu’un… Notre relation fut merveilleuse tant que je sentais qu’elle avait besoin de moi. Le jour où elle affirma son indépendance en ayant de moins en moins besoin de mon soutien, ce fut la fin. »

C’est ainsi que celui ou celle qui sera l’objet d’un amour pépinière va pouvoir croître, s’embellir, prendre de l’assurance, développer ses ressources et un jour ayant acquis suffisamment de confiance en lui ou en elle, pourra…quitter celle ou celui qui les a aimés. Les amours pépinières sont toujours très douloureux, pour la pépinière ! Mais il faut croire, vu le nombre de ces amours, que chacun y trouve son compte. Y compris celui ou celle qui donne ainsi ses enthousiasmes, la richesse de ses sentiments, les stimulations de ses passions, la générosité de son corps, de ses rêves et de ses projets.

Les amours pépinières durent quelques années, le temps pour l’autre de grandir, de s’affirmer, de découvrir ses potentialités et ses propres aspirations, puis de prendre le risque de s’envoler et d’être suffisamment autonome pour conduire sa propre vie ou prendre en charge à son tour… quelqu’un d’autre plus vulnérable que lui !
« Pendant des années, je l’ai porté à bout de bras, j’ai même écrit la dernière partie de sa thèse de médecine qu’il n’arrivait pas à conclure depuis quatre ans. Après quinze ans de mariage, il m’a annoncé qu’il me quittait. Qu’il se sentait suffisamment solide pour affronter la vie tout seul. En fait j’ai découvert qu’il avait rencontré une ex-toxico, qu’il avait pris en charge. La pépinière, c’était lui dans cette nouvelle relation. J’ai eu la curiosité de savoir jusqu’où cela irait ? Après dix ans de vie commune, c’est elle qui l’a quitté. J’ai vraiment compris ce qu’était une relation pépinière… »

Ainsi dans ces amours asymétriques, l’équilibre du couple ne peut reposer que sur l’inégalité des ressources et des attentes. Tout se passe comme si l’un des deux devait toujours être en dépendance de l’autre. Quand la dépendance est rompue, la relation est en souffrance et menacée. Mais au départ il y a le plaisir d’aimer quelqu’un que se laisse aimer avec tous ses manques, ce qui constitue un appel, une aspiration, une invitation à donner le meilleur de soi.