Comme un oiseau d'automne

à Nouchka
1

L'oratorio des longs soirs d'automne
S'est tu loin des jardins, dans l'ombre
Où germe l'élan frais de notre renaissance.
Une source ruisselle au coin, dans l'avant-cour.

Te souviens-tu des rêves, des projets,
De cette neuve carte, parcours sans ancêtre,
Qui balise aujourd'hui le rappel éclaté
De nos innocences liées dans la paille ?

Hume ainsi le sanfoin dans la brume
Douce, nostalgique, toi qui resurgis
Au bord du coeur balayée de marées
Quand monte le moment propice.

J'aspire les courants qui m'enlèvent
Couvrant de moiteurs et de perles bleues
Mon souvenir ténu qu'endort la beauté.
Pardon, belle colombe, de ce retrait...

Il n'est de solitude qu'au contact blanc:
Ce papier entretient ma quête et mon vol.
Petit dériveur des marges, au fil des touches,
Je dérobe et j'enlace au gré de mes blessures.


2

Tel ce dimanche vert, ceintré de mouettes :
Il m'emporte loin des côtes tachées
Vers la magique hurlée d'un Chili longiligne.
Musique d'une autre Bretagne, péage des druides
Où le gui, les futaies, les tranchées, le cep
Ponctuent la chevauchée d'un quêteur partagé.

Ola, pitié, c'est le cri espacé
Où des coeurs sans attaches s'attouchent.
Peine perdue, la vague pesiste, nue,
Ressort du voyage tendu vers l'infini.
Crache le sel, puise au fond des mers
Ce regain de famine, cet ardent combat
Qui te redresse, torse cavalier, centaure,
Coeur de somme sous le joug du remords.
Ola, pitié, lui dit la nuit doucement.