Comme je m'intéresse de près à tout ce qui nous touche, nous les femmes, j'ai été interpellée par un article paru récemment dans la presse canadienne. Notons qu'en Suisse également la question n'est pas nouvelle et qu'elle est posée régulièrement dans la presse (féminine et autre). Je vous en livre l'essentiel ci-dessous:

La ménopause est l'un des rares avantages de vieillir pour les femmes, mais grâce à une nouvelle pilule anticonceptionnelle, les Canadiennes de tous âges auront bientôt le choix de vivre ou non avec les menstruations. Des obstétriciens, gynécologues et chercheurs se sont rencontrés samedi à Vancouver pour parler de l'Anya, un nouveau contraceptif oral fabriqué par lasociété pharmaceutique Wyeth. L'Anya permettra aux femmes de laisser derrière elle les menstruations en prenant le contraceptif à tous les jours, incluant les sept jours de congés nécessaires aux contraceptifs traditionnels pour permettre le processus de menstruations

Selon l'article, la grande majorité des femmes (4 sur 5) seraient prêtes à prendre cette pilule et à ne plus avoir de règles du tout.... mais continuons :

Selon les spécialistes, les effets secondaires d'une contraception continuelle sont les mêmes que pour les autres contraceptifs, avec un risque égal d'accident vasculaire cérébral chez les femmes qui fument la cigarette. Cela dit, la quantité d'estrogène dans l'Anya est moins élevée que dans les contraceptifs traditionnels, soit 25 microgrammes pour l'Anya contre 30 à 50 microgrammes pour les autres. "Vous ne prenez pas plus d'hormones qu'avant, d'expliquer le Dr Reid, mais vous en prenez plus souvent, ce qui veut dire que les modulations des cycles vers le haut et le bas sont moins importantes"

Ensuite, je dois dire que j'aime déjà moins... si j'ai bien compris, nous sommes les futures cobayes consentantes :

Quant aux effets à long terme de l'Anya, il faudra attendre qu'il soit sur le marché pour les évaluer, ajoute M. Reid

Heureusement il y a qui se posent des questions dans ce monde si parfait :

Il faut dire cependant que tout le monde n'est pas d'accord avec un contraceptif perpétuel qui empêche les cycles menstruels. Le cycle menstruel est un mécanisme hautement complexe et délicat, et est aussi un indicateur vital de l'état de santé général de la femme, affirmait l'année dernière au magazine Macleans, la Dre Jerilynn Prior, directrice du Centre for Menstrual Cycle and Ovulation Research à l'Université de Colombie-Britannique. Je trouve affreuse l'idée de dérégler ce système de façon permanente. Selon elle, après avoir approuvé la pilule originale, les responsables des organismes d'homologation ne voient plus rien de mal à permettre le contraceptif de façon continuelle. Mais la pilule originale a eu des effets secondaires et il ne fait pas de doute que la nouvelle en aura aussi.

Là, je suis allée voir sur un site de santé, histoire d'en savoir plus sur cette idée de prendre la pilule en continu, d'autant plus que Swissmedic (http://www.swissmedic.ch) aurait l'intention de l'homologuer en Suisse (je crois que ce n'est pas encore fait) :

Y a-t-il un risque à enchaîner les plaquettes ?
Dr David Elia : Quand Grégory Pincus a inventé la pilule, il s'est vraiment demandé ce qu'il allait faire avec les règles, puisque sous pilule ce sont de fausses règles qui n'ont aucune signification physiologique. Explications. Les vraies règles constituent le dernier évènement d'un ballet hormonal qui se répète 12 à 14 fois par an : début du cycle, ovulation, non-fécondation puis effondrement de la muqueuse utérine qui s'était préparée à accueillir un éventuel oeuf fécondé : les règles.
Sous pilule, les règles n'ont rien à voir avec ce cycle physiologique car ce sont les hormones de la contraception qui induisent une petite poussée de la muqueuse, laquelle s'effondre dès l'arrêt des hormones en fin de la plaquette. C'est pourquoi les règles sous pilule sont moins abondantes, plus courtes et sans douleur.
Mais en 1956, avec les pressions religieuses de l'époque, Pincus n'avait pas vraiment le choix. La contraception était déjà quelque chose de scandalisant, si en plus il n'y avait pas de règles... il est probable que la pilule n'aurait pas vu le jour !
C'est donc surtout pour calmer l'église qu'il a décidé qu'il y aurait des règles, mais aussi pour faciliter l'acceptation des femmes, qui, étant donné les mentalités de l'époque, ont apprécié le fait qu'il y ait du sang déclenché tous les mois à date fixe, mimant ce qui se passait auparavant.
Et c'est ainsi que la contraception 21 jours sur 28 a été choisie, alors que toutes les autres possibilités étaient parfaitement possibles : 35 jours sur 40, un mois sur deux, trois mois sur six, etc.
Le seul avantage qu'un médecin comme moi puisse trouver au 21 jours sur 28, c'est que pour le même effet contraceptif, on a une semaine sans produit. Pour avoir un effet contraceptif, on sait que trois semaines sur quatre sous pilule est une durée suffisante. Il est donc inutile de la prendre pendant 4 semaines. En revanche, si on ne veut pas de règles, il suffit de prendre la pilule en continu.


OK, pour celles qui souffrent le martyre une fois par mois, je comprends qu'on soit tentées. Et visiblement ça ne pose aucun problème.... selon le médecin qu'on consulte!
D'autre part, les oublis de pilule peuvent être moins fréquents si on la prend sans interruption, avec bien entendu l'argument que cela évitera bien des IVG.

Mais je me demande comment gérer le fait de n'avoir aucun point de repère tout au long de l'année, et si le fait de prendre des doses journalières d'hormones en continu est vraiment aussi anodin, ou encore si nous finirons toutes par devenir des robots norma-lisées et uniformisées, toujours aptes au travail - la bonne humeur en plus ?


Pour plus d'info, deux articles très intéressants sur le sujet, et qui posent la question de notre santé à long terme : http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/ArticleInteret.aspx?doc=menstruations_perspectives_dumoulin_l_2004_pm
http://www.cwhn.ca/ressources/menstruation/index.html