Tout le monde le sait, le Viagra a changé la vie des hommes.... mais aussi celle des femmes, et de cela on ne parle quasiment jamais !
En effet certaines s'étaient accommodées de la situation et avaient fini par y trouver leur compte. Et voilà que la petite pilule bleue est venue chambouler ce bel équilibre... va falloir tout renégocier ! Pour d'autres au contraire, ce fut une bénédiction, et une deuxième lune de miel... youpie !

En fait, ce qu'on sait moins, c'est comment Big Pharma a réussi à convaincre la planète entière qu'avoir des "pannes occasionnelles" était une pathologie à soigner impérativement (je ne parle pas ici des cas sérieux et avérés, bien entendu), sans quoi vous n'étiez plus un vrai homme !

Et voilà que maintenant on s'attaque au désir féminin, à coup de crèmes censées le provoquer ou à coup d'injections de Botox pour améliorer la stimulation du point G. D'ailleurs, à ce propos, la controverse sur l'existence et la localisation exacte dudit point est toujours en cours. Mais bon, du moment que les cliniques de chirurgie plastique et gynécologie de luxe l'ont trouvé, elles, je serais bien mal inspirée de mettre en doute un savoir si lucratif !

La quête du Viagra au féminin, la petite pilule rose (tssss, le cliché) est devenue l'obsession des Pharma. Voici à ce sujet un extrait d'article trouvé dans le journal Le Point (publié en 2002 déjà) :

En octobre 1998, à Boston, quelques urologues se réunissaient à huis clos pour la première conférence sur la dysfonction sexuelle féminine, un syndrome attrape-tout forgé pour l'occasion. Jusque-là, le " continent noir " décrit par Freud n'avait guère suscité de vocations d'explorateurs dans le monde médical. " Les femmes qui confiaient leurs problèmes sexuels à leur médecin s'entendaient dire : "Allez jouer au golf ! Il y a un âge pour tout dans la vie" ", commente Kaminetsky. Le Viagra a changé la donne. Excités par le succès de la pilule, les urologues furent pris d'une passion soudaine pour l'autre moitié de l'humanité. " Nous allons révolutionner la vie des femmes ", prophétise Irwin Goldstein, directeur d'un laboratoire de recherche sur la sexualité féminine à l'université de Boston et cerveau de la conférence pionnière de 1998, organisée grâce aux subsides de Pfizer. (...) Depuis, c'est la ruée vers l'or. Selon Leland Wilson, président de Vivus, un labo de la Silicon Valley, " le marché est colossal. Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à souffrir de troubles sexuels - respectivement 43 % et 31 %. En outre, elles adorent consulter. L'industrie entière est en quête d'un Viagra féminin ". NexMed, Pentech, Tap, Zonagen, Palatin, Nastech, Icos, et bien sûr Pfizer, qui n'a pas renoncé à obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) du Viagra dans l'indication de la dysfonction sexuelle féminine, sont déjà en lice. Le traitement de Vivus, une " crème élégante " baptisée Alista, vient d'entrer dans la phase III des essais cliniques. Malgré les consignes de prudence, " pour ne pas décevoir Wall Street ", Leland Wilson a du mal à tempérer son enthousiasme : " Certaines patientes atteignent l'orgasme en cinq minutes ! "

C'est fou comme la santé des femmes peut préoccuper... combien de fois ai-je vu les mots santé ou bien-être ou amour dans cet article??

Bref, plus récemment, nous apprenons que Pfizer a finalement renoncé à produire un Viagra pour les femmes....

  • parce que c'est mauvais pour la santé ?
  • parce que ça coûte trop cher ?
  • parce que à force ça pollue l'environnement?
ET BEN NON

  • .... c'est parce que les femmes, c'est trop compliqué !
La preuve:

Pfizer Gives Up Testing Viagra on Women, by Gardiner Harris, 28.02.2004, New York Times

Women, the maker of Viagra has found, are a lot more complicated than men

Je vous laisse lire la suite : http://www.sensualism.com/sex/viagra.html

Voir aussi l'excellent article (en Anglais) de Leonor Tiefer sur la manière dont les dysfonctions sexuelles féminines sont devenues un problème de santé publique:
http://medicine.plosjournals.org/archive/1549-1676/3/4/pdf/10.1371_journal.pmed.0030178-S.pdf