Des dizaines de crustacés, insectes, plantes et même un rongeur portent son nom, dont la "Monodiella", sa fleur, son "graal botanique" dont la quête resta inachevée. Autant de traces laissées par Théodore Monod, savant aux semelles de sable, mort il y a 10 ans.

Le naturaliste ne voulait pas disparaître avant d'avoir réalisé au moins 20.000 récoltes de spécimens de faune et flore. Quand il s'est éteint le 22 novembre 2000 à 98 ans, il avait accompli sa mission.

"Il était l'un des derniers voyageurs naturalistes comme on en a connu beaucoup au XIXe", souligne Jean-Claude Hureau, son collaborateur durant une trentaine d'années au Muséum d'histoire naturelle de Paris.

Monod se décrivait, lui, comme "un constatateur". "Je crois que c'est encore utile alors que l'inventaire de la terre est très, très loin d'être terminé", disait-il.

Des années à parcourir, accompagné de quelques guides locaux, pas à pas, le Sahara. Entre autres. A la main son carnet de notes, son flacon de formol et son herbier en bois, le fameux "tape-cul type Monod, comme il l'avait appelé", s'en amuse encore Jean-Claude Hureau.

"Quand il récoltait des plantes, le soir, il les mettait entre des feuilles de journaux et les comprimait entre ces deux planches", relève-t-il.

L'herbier est conservé au Muséum, qui marque l'anniversaire de la mort de celui qui fut l'un de ses plus illustres professeurs avec une exposition "Théodore Monod et la biodiversité" (jusqu'au 17 janvier) et une soirée hommage avec un film et des témoignages, le 4 novembre.

L'institution abrite aussi tous les spécimens qu'il a rapportés. Plus de 120 ont été dénommés en son honneur. Ils s'appellent "Acridocarpus monodii" (un arbuste), ou encore "Ammomanes deserti monodi" (un petit oiseau).

Monod les a découverts puis donnés à des spécialistes qui les ont décrits, et les lui ont dédiés, explique Jean-Claude Hureau.

"C'est une pratique courante pour rendre hommage à quelqu'un", précise-t-il. Mais Monod fait "probablement" partie de ceux qui en comptent le plus.

Il y a notamment une petite fleur, la Monodiella flexuosa. Une gentiane "qui n'attire pas l'attention", écrira Monod plus tard, mais qu'il cueillit "par acquit de conscience" le 18 mars 1940 dans un oued du Tibesti libyen alors qu'il était militaire.

Quand le botaniste français René Maire tomba "sur ce petit spécimen misérable", il assura : "C'est une espèce et un genre nouveaux" et la baptisa "Monodiella". Mais quelques années plus tard, d'autres contestèrent sa nouveauté. Pour eux, ce n'était qu'un "Centorium flexuosum", la petite centaurée.

Pour trancher, il aurait fallu disséquer la fleur. Mais il était hors de question d'abîmer l'exemplaire unique. Monod voulut en trouver une autre. Elle deviendra son "graal botanique".

En 1996, à l'âge de 94 ans, il repartit au Tibesti lors d'une expédition organisée par le réalisateur belge Maximilien Dauber, qui en fera un film.
"Ca a duré cinq semaines. Il voyait moins bien. Pour analyser une plante, il avait une très grosse loupe", se souvient ce dernier.


Mais le jour où l'équipe s'est retrouvée près du fameux oued, "Monod a marché quatre heures en plein cagnard. C'était un sacré bonhomme. Il y avait toute la passion de l'homme qui partait, 56 ans plus tard, pour retrouver sa fleur".

Mais la source est sèche. Et rien ne trahit l'émotion de Monod. "Une déception considérable", écrit pourtant le scientifique dans son carnet de voyage que Dauber va publier en novembre ("Le vieil homme et la petite fleur").

Un an plus tard, une autre expédition se tiendra dans l'Ennedi, au Tchad. En vain. Une dernière prévue dans le Tassili n'Ajjer, au Sahara algérien, n'aura jamais lieu.

Texte de : AFP
octobre 2010